Il se décrit comme un « catholique tropical » et le vaudou est présent dans une vaste majorité de ses œuvres ; il fait les délices d’un public largement européen et occidental mais s’investit corps et âme dans les projets de développement d’art, de sport, de culture nationaux ; il vitupère contre les excès des dirigeants africains avec la même vigueur que contre les colons et néo-colons qui « ne comprennent rien à l’Afrique ».
Effectivement, Romuald Hazoumé se décrit avant tout par ses causes. L’art certes, mais pour servir ; et quel meilleur service à rendre que de penser l’avenir de sa nation ? Lui qui donne habituellement si peu de pistes sur ses œuvres, se livre dans son « entré- couché de type présidentiel » à un réquisitoire visible, sensible : les populations les plus pauvres menacées par les crues, la pauvreté nue et sans remède, le kpayo pour seul luxe… Le Bénin de 2059 que projette Romuald Hazoumé est un appel à la lutte, une menace : à ceux qui ne font rien, qui laissent les plus démunis dans le besoin, leur propre peuple courir à sa perte. Au contact de cette œuvre, on ne s’étonne pas que l'art ne soit pas sa vocation première. Elle exprime bien plus qu’une simple recherche esthétique.
D’abord tenté par des études de médecine, puis par une carrière sportive ou d’enseignement, l’artiste n’a pourtant jamais cessé d’exprimer un message, de créer. La fin des années 80 marque un tournant dans sa carrière notamment grâce à ses rencontres avec Yves Bourguignon qui lui ouvrira les portes du Centre Culturel Français de Cotonou et André Magnin, celle de la C.A.A.C. Ses grandes expositions internationales commencent alors, les galeristes se l’arrachent… Pourtant, malgré une renommée grandissante il ne cherche pas à s’éloigner de ses racines ni des thèmes qu’il approfondit et creuse comme nul autre avant lui : abrupt, constant, sans complaisance envers l’avenir mais inspiré par une foi très particulière en ce qui se peut plutôt qu’uniquement en ce qui se fait. Romuald Hazoumé combat, à l’image de son « entrée-couché », un monde qui se prélasse dans le confort des erreurs du présent plutôt que de préparer un futur incorruptible.