Présentation des artistes et des techniques


La  Fondation Zinsou expose les œuvres de seize artistes contemporains venant de huit pays africains : Bénin évidemment, mais aussi Sénégal, Ethiopie, Ghana, Tanzanie, Afrique du sud, Centrafrique et République Démocratique du Congo. Les œuvres choisies permettent de se familiariser avec trois medias essentiels : dessin, peinture et sculpture.


  1. Puce  Dessin

Tracer, griffonner, crayonner, esquisser… Chacun a pu faire l’expérience du dessin pour soi. Avec « re-création », les artistes tels que Cyprien Tokoudagba , Soly Cissé ou Hector Sonon proposent aux visiteurs de découvrir cette technique comme une ouverture sur d’autres formes d’art mais aussi comme une discipline à part entière.

Dominique Zinkpé, qui expose pour la seconde fois à la Fondation et travaille des supports et matériaux variés nous décrit le rapport très particulier de l’artiste au dessin :


«Je suis dessinateur avant tout. Toutes mes émotions, je les exprime avec le dessin. Quand un dessin est bon, je l’agrandis et en fais une peinture, comme avec une photocopieuse. J’aimerais, comme les Japonais, pouvoir sur de tout petits bouts de papier, dire en dessinant des choses compliquées. Lorsque j’étais jeune, je peignais avec de grands gestes. Maintenant, je cherche à photographier l’âme humaine. Je voudrais trouver ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal ».


  1. Puce Peinture

C’est peut-être la forme la plus classique, la plus connue de l’art. Rien de plus normal qu’une exposition de peintures. Pourtant les artistes contemporains renversent là encore les habitudes.

Bruce Clarke, artiste Sud-Africain qui a étudié en Angleterre et travaille maintenant en France, présente deux toiles dans l’exposition. Cet artiste engagé (du militantisme anti-apartheid en Afrique du Sud, à la dénonciation du génocide au Rwanda) sort des codes traditionnels en allant chercher des inspirations et des matériaux très divers qu’il mêle à ses peintures :


« Plastiquement, je pars de fragments déchirés, de papiers divers, de journaux, d’affiches, et je les travaille, les triture, les imprègne de couleurs. Mots et couleurs, mots et images s’intègrent alors et se recomposent sur la toile. Comme on peut le voir, la matière première : les textes imprimés, les morceaux de journaux et les types d’écrits sont identiques à ceux que l’on trouve en France. Mêmes affiches de films, mêmes tracts politiques. Mots et textes n’ont pas forcément de lien immédiat avec les images, les uns n’illustrent pas les autres, je ne commente pas, je recompose à partir d’une ‘mise à plat’ de la figure. Les documents sont issus d’un certain contexte qui explicite aussi la place des médias, de la presse, des images télé et tout ce qui nous assaille journellement et ils se trouvent ensuite transformés et replacés dans un autre contexte qui est avant tout une toile montée sur châssis. Je déconstruis pour « re-figurer » et cela passe par ma sensibilité et mon travail. Je me mets en situation d’intermédiaire, de « médium » pour assurer et assumer le passage, une quête passe par moi et j’en suis l’instigateur. »


Au fil des toiles de Romuald Hazoumé, Chéri Samba, Bodo et Dieudonné Sanna Wambeti, le visiteur, enfant ou adulte, pourra apprécier comment la peinture varie ou s’harmonise sur tout le continent.

  1. Puce  Sculpture et installations

A l’occasion de cette exposition, la Fondation se remplit d’assemblages et de constructions de toutes sortes : animaux, lieux, personnages symboliques ou oniriques… Les créations en trois dimensions permettent de découvrir une multitude de recherches et de méthodes diverses.

Aston a d’abord appris à fabriquer des jouets. Ensuite, il a dessiné, peint, joué de la musique, voyagé. A 35 ans, révolté par la pollution (rues couvertes de sacs en plastique, objets abandonnés, les déchets traînant partout…) il a commencé à tout ramasser pour en faire des installations, des œuvres d’art en leur donnant une nouvelle vie.

Aston se dit inspiré par les enfants, leur innocence et leur finesse. L’imagination poétique d’Aston leur parle et leur rend hommage.


Les objets et les mots inspirent l’artiste. Dans l’installation « Aston Formule 1 » présentée au rez-de-chaussée de la Fondation, au-delà de leur fonction première, les objets créent du sens par rapprochement: Aston utilise des brosses à dents car « ces bolides et leurs pilotes lancés à 200-300km/heure risquent de se casser les dents », des briquets, des allumettes, des câbles électriques, des fusibles car « ces bolides, ce sont des boules de feu et tout peut s’embraser sur le circuit », une calculatrice car « tout est calculé dans ce milieu sportif ;la vitesse, la performance, l’argent». Enfin, des bouchons de champagne représentent la victoire ; des pièces de monnaie et des cauris rappellent que « c’est l’argent qui nous fait courir », des cartes téléphoniques et le clavier d’un téléphone évoquent la communication.


Avec Seyni Camara, la technique et les matériaux changent du tout au tout. Inspirée par les évènements de sa propre vie, elle a développé en autodidacte une technique de terre cuite qu’elle fait évoluer au rythme de ses créations :

« Au début je ne faisais que des femmes enceintes. D’autres femmes ont essayé aussi mais personne n’a réussi. Pour faire une pièce je travaille une dizaine de jours. Je commence par faire la tête. Je couvre tous les soirs pour que ça ne sèche pas. J’achète de grandes feuilles de plastique. Puis je mets la tête de côté et je commence le corps. Si les statues sont petites je les fais en une seule pièce. Si le corps a des enfants je fais les enfants à part puis je les colle. Je colle la tête, la tête est lourde. Il faut faire attention quand on soulève. La nuit je vois ce que je dois faire pendant le jour. J’ai les yeux grands ouverts, je ne dors pas. C’est Dieu qui m’a fait ce don. Une année je fais une chose, l’année suivante autre chose. Je ne peux pas faire deux fois la même chose. »


En passant par les structures de fils de fers de Joe Big Big, les souris de ciment de Georges Lilanga di Nyama, le violoniste de bronze de Malobé Diop ou le singe de béton  de Cyprien Tokoudagba chacun pourra se familiariser avec toute l’étendue des méthodes de création.


Pour finir ce tour d’horizon de la sculpture contemporaine le  papier mâché monumental de l’éthiopien Mickaël Béthé-Sélassié évoque le message de « re-création » : lorsqu’on voit pour la première fois le « Fou du Village » qui contemple le visiteur du haut de ses deux mètres quatre-vingt, on est subjugué et on comprend que tout est possible dans l’art. Cette œuvre qui évoque la liberté totale de l’artiste fait sauter les limites dans les têtes. « En créant, nous n’avons que les limites que nous nous donnons. »

Les artistes exposés

Malobé Diop (Sénégal)

Mickaël Béthé-Sélassié (Ethiopie)

Joe Big Big (Ghana)

Georges Lilanga di Nyama (Tanzanie)

Dieudonné Sanna Wambeti (Centrafrique)

Chéri Samba (République Démocratique du Congo)

Bodo (République Démocratique du Congo)

Bruce Clarke (Afrique du Sud)

Romuald Hazoumé (Bénin)

Cyprien Tokoudagba (Bénin)

Tchif (Bénin)

Hector Sonon (Bénin)

Aston (Bénin)

Dominique Zinkpé (Bénin)

Soly Cissé (Sénégal)

Seyni Awa Camara (Sénégal)


Voir les photographies de l’expositionPhotosRecreation.html